L'absence de maison, de terre, de sol suppose, en amont, un geste déplacé, une peine causée à Dieu. Le schéma imprègne l'âme des hommes depuis des siècles : les Juifs, les Tsiganes, les Romanichels, les Gitans, les Bohémiens, les Zingaros et tous les gens du voyage le savent qu'on a tous, un jour ou l'autre, voulu contraindre à la sédentarité, quand on ne leur a pas dénié le droit même à exister.
Le voyageur déplaît au Dieu des Chrétiens, il indispose tout autant les princes, les rois, les gens de pouvoir désireux de réaliser la communauté dont s'échappent toujours les errants impénitents, asociaux et inaccessibles aux groupes enracinés.
Toutes les idéologies dominantes exercent leur contrôle, leur domination, voire leur violence sur le nomade. Les Empires se constituent toujours sur la réduction à rien des figures errantes ou des peuples mobiles.
Le national-socialisme allemand a célébré la race aryenne sédentaire, enracinée, fixe et nationale, en même temps qu'il désignait ses ennemis : les Juifs et les Tsiganes nomades, sans racines, mobiles et cosmopolites, sans patries, sans terres.
Le stalinisme russe a procédé de la même manière, en persécutant lui aussi les sémites et les peuples de bergers des républiques caucasiennes ou sud-sibériennes.
Le pétainisme français a élu les mêmes victimes émissaires tout en célébrant les sédentaires régionaux, locaux, patriotes, nationalistes, les gens du terroir, les produits gaulois.
Michel Onfray
Théorie du voyage
Poétique de la géographie
1 commentaires:
Comme d'autres lecteurs du Glob, peut-être, Mezzig se souvient avec affection de Dédé et du Gamin garés derrière la maison pour passer l'hiver et il lui arrive encore de s'imaginer prendre la route avec eux à la rencontre hasardeuse des lendemains.
Ces mots sont aussi un peu pour eux. et pour tous ceux qui choisissent un autre chemin.
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