dimanche 5 juillet 2009

Ceci n'est pas une...


Elle entendait la baignoire se remplir à l'étage (il fallait des siècles) et savait que Julia emmènerait son verre de gin dans la salle de bains (ainsi sans doute qu'un pétard) et resterait des heures allongées dans son bain.

Amelia se demanda quel effet ça devait faire d'être aussi sybaritique. Julia arracha un morceau de pain et le fourra dans sa bouche. Pourquoi ne pas utiliser un couteau comme tout le monde? Comment se débrouillait-elle pour faire de la mastication d'un morceau de pain un geste érotique?

Amelia aurait préféré ne pas avoir eu cette vision de Julia en train de faire - allez, dis-le - une pipe à Jackson. Elle n'avait jamais taillé de pipe de sa vie, non qu'elle eût l'intention de s'en vanter auprès de Julia: elle se remettrait à pérorer sur "Henry" et ses besoins sexuels. Pitié!

"Tu es sûre de ne pas en vouloir, demanda Julia en agitant la bouteille de gin, ça pourrait t'aider à te détendre?"

- Je n'ai pas envie de me détendre, merci beaucoup." Comment en était-elle arrivée là? Comment était-elle devenue cette personne qu'elle ne voulait pas être?

Kate Atkinson
La souris bleue

vendredi 3 juillet 2009

La faute à personne


mercredi 1 juillet 2009

Le temps de mettre les voiles







mardi 23 juin 2009

Cas d'école

Tenille savait tout sur les choix. Elle savait que, même si les profs se plaisaient à débiter un tas de boniments à la con sur les éventuelles carrières de leurs élèves, au fond d'eux-mêmes, ils pensaient que pour les individus de son espèce, c'était joué d'avance.

Ce qui n'était pas le cas pour leur propre marmaille bourgeoise. En leur for intérieur, ils pensaient que les gamines comme Tenille étaient irrémédiablement prisonnières de la vie qu'elles avaient déjà.

Malgré toutes leurs belles paroles, leur attitude tenait un autre langage. Elle disait: " Tu vas prendre de la drogue, voler dans les magasins, tomber enceinte à quinze ans et avoir une vie de merde dans une saloperie de cité jusqu'à ce que le tabac, l'alcool, la drogue ou les privations t'emportent prématurément.

Alors, pourquoi me fatiguer à t'apprendre quelque chose?"

Val McDermid
Noirs Tatouages

dimanche 21 juin 2009

Suite et fin

vendredi 19 juin 2009

Passé sous silence


                                                     

mercredi 17 juin 2009

Prêt à plancher

[...] 

Cette attitude, vraiment unique chez un fondateur de religion  s'exprime fréquemment dans les textes:

"Ne croyez pas sur la foi des traditions alors même qu'elles sont en honneur depuis de longues générations et en beaucoup d'endroits. Ne croyez pas une chose parce que beaucoup en parlent. Ne croyez pas sur la foi des sages des temps passés. Ne croyez pas ce que vous avez imaginé, pensant qu'un Dieu vous l'a inspiré. Ne croyez rien sur la seule autorité de vos maîtres, ne croyez rien parce que je vous l'ai enseigné. 

Après examen, croyez ce que vous aurez expérimenté vous-mêmes et reconnu raisonnable, ce qui est conforme à votre bien et à celui des autres"

André Migot
Le Bouddha

mardi 16 juin 2009

Du concret à l'abstraction







dimanche 14 juin 2009

Pendant qu'il est encore temps.


Je suppose qu'au début ça semblait négligeable, de petits détails. Un changement dans les regards, les épaules qui tombent sous le manteau, les judas qui apparaissent aux portes. Cela n'était pas grand-chose, même pas le prix à payer. Quelques incidents isolés. Des gouttes de pluie, il appelait ça, Stránský.

Il suffit de tendre la main, et ça arrive soudain, c'est presque agréable au départ. Mais peu à peu ces choses-là se muent en crachin, et puis les gouttes se télescopent et, au bout d'un moment, on a vu s'abattre des trombes.

On ne voulait plus parler qu'à l'air libre, sur une rive du fleuve, ou dans un véhicule de location. Les paniers à salade sillonnaient de plus en plus les rues. On a bientôt entendu des histoires de danseurs folkloriques envoyés creuser les canaux. Des professeurs qui allaient traire les vaches. Des philosophes qui pliaient les cartons pour les orphelinats. Des commerçants retrouvés le nez dans la rigole. Des poètes ouvriers dans les usines d'armement.

Le long des routes, les panneaux étaient sciés. Les rues rebaptisées. Il pleuvait à verse et on refusait de voir - pourtant c'était notre pluie, notre oeuvre, et comme elle promettait de bonnes récoltes, on la laissait couler.

Colum McCann
Zoli

vendredi 12 juin 2009

C'est le monde à l'envers









mardi 9 juin 2009

67 millions: on est dans le Kaka pour de vrai

La confiance qu'il tira d'un jour avoir été sélectionné en division nationale lui dura toute la vie. Il trouva la mort dans un accident d'automobile à l'âge de vingt-deux ans. On l'enterra un après-midi: il pleuvait. Au beau milieu du service funèbre, le pasteur oublia de quoi il parlait. Et tout un chacun resta planté là, au bord de la tombe, à attendre que la mémoire lui revienne.

Elle lui revint enfin.

___ Le jeune homme ici présent, déclara-t-il, était footballeur.

Brautigan
Tokyo Montana express

lundi 8 juin 2009

28%: c'est pas demain la veille.


A Change Is Gonna Come (Live)

samedi 6 juin 2009

Home mani padme Home

Après avoir enfilé mon pyjama, je me mets à songer au ciel et à la terre. Deux notions qui m'interpellent. Selon les taoïstes, l'être humain est l'intermédiaire entre le ciel et la terre. Nous voilà, nous tous, debout sur notre planète ayant le ciel comme toit et la terre comme demeure. A nous de trouver notre axe, qui nous permettra de relier, en nous-mêmes, ces deux pôles.

Le mot "élève" vient, justement, d'élever, s'élever. Dans notre cas, c'est vers le ciel que nous nous élevons. Mais aussi, nous devons nous immerger dans la terre, atteindre le centre de notre planète, ce qui n'est rien d'autre qu'une "élévation" vers nos racines.

Gregorio Manzur
Les mouvements du silence

jeudi 4 juin 2009

Carnet rose: la vie secrète des étoiles.





Femelle Grand Dark Vador surveillant sa couvée 

mardi 2 juin 2009

Du bon usage de l'usure

Mon père est mort, Danglard, expliqua tranquillement Adamsberg. On était assis tous les deux sous une palombière, on suivait des yeux une buse qui tournait sur nous. Il y avait du soleil, et il est tombé.

[...]

Je suis resté là jusqu'au soir, allongé près de lui, je tenais sa tête sur mon épaule. J'y serais sans doute encore mais une troupe de chasseurs nous a trouvés à la nuit...

[...]

Les trains, comme les hommes, n'aiment pas tourner en rond. Au bout d'un temps, cela les énerve. Après qu'on eut enterré mon père, j'ai passé mon temps à ramasser des cailloux dans l'eau. C'est une chose que je sais faire. Rendez-vous compte de l'infinie patience de l'eau qui passe sur ces galets. Et eux qui se laissent faire, alors que la rivière est en train de manger toutes leurs aspérités, l'air de rien. A la fin, c'est l'eau qui gagne...

Fred Vargas
Dans les bois éternels