dimanche 30 novembre 2008

Linceul au monde

Le tapis de feuilles mortes qui recouvrent les allées, s’amoncellent aux pied des arbres. Les branches décaties, squelettiques, funéraires, entre lesquelles s’effilochent les langues du brouillard. Le silence qui s’égoutte et rentre en terre. 


Debout derrière la fenêtre, son bol de café fumant à la main, Edmond de St Edmond est plongé dans sa contemplation matinale. Il a beau savoir que ce qu’il a sous les yeux recèle une certaine beauté, il ne ressent qu’un engouement mitigé pour le tableau.


Plus les années passent et moins il apprécie cette mise au caveau généralisée qui lui glace l’échine. Si ça ne tenait qu’à lui, il vendrait tout et partirait se réchauffer la couenne au soleil.


Ajouté à ça le fait que Geneviève n’arrête pas de lui seriner qu’il a tendance à s’empâter et que s’il reste sans réagir il ressemblera bientôt à une vieille croûte, de St Edmond finit par se demander s’il n’est pas en train de prendre un sérieux coup de vieux quand même.


A sa décharge, vu son âge, il ne va pas non plus jouer les pimpants ni les pâmés. Pourquoi pas se faire lifter une conduite pendant qu’on y est! A ce jeu-là, on tombe souvent vite dans l’excès ce lui semble!




Découvrez Ron Kaplan!


mercredi 26 novembre 2008

Allumé de service

Il réfléchit que si l'on prenait l'habitude de travailler moins dès que les jours raccourcissent, il y aurait peut-être moins de monde en mal de lumière, de mines défaites, de traits tirés comme en ce moment.

Le reste du temps, les gens pourraient rester chez eux, au chaud sous la couette, à lire des livres, réviser leur anatomie, se masser les orteils ou pioncer tout bonnement.

Si Madame ne devait pas se lever aux aurores, c'est sûrement ce qu'elle ferait. Heureusement que Mezzig est là pour avoir des éclairs de génie. Il n'ose même pas imaginer dans quel état elle serait autrement. 


Découvrez Tom McRae!


lundi 24 novembre 2008

Ressacs de voyage

Chassés par l'arrivée de la neige et des prévisions peu amènes, Dédé et le Gamin ont entamé leur remontée avec un peu de retard sur l'année passée. Comme le Gamin voulait voir l'océan, ils ont fait un crochet par la côte avant de mettre le cap sur la ville et le parking derrière chez Mezzig.


Dans l'ensemble, le ciel s'est montré plutôt clément.




En plus, il n'y avait personne. On ne peut pas demander mieux. Ou alors c'est plus cher.



dimanche 16 novembre 2008

Talent casher

Il a pris son temps avant de lui en parler. Il ne voulait pas lui donner l’impression de se mettre en avant. Ils ne se connaissent pas bien dans le fond mais Samar a confiance. Il sait que Mezzig ne se moquera pas.


Le fait est que, voilà, le soir, quand sa femme et les enfants sont couchés et qu’il est au calme, Samar écrit des poèmes. Si Mezzig est d’accord, il serait content de lui en faire lire quelques-uns, enfin, c’est à dire à condition que ça ne l’embête pas, que ça ne lui prenne pas trop de son temps.


C’est gentil de sa part. Limite gênant. Mezzig n’est pas sûr de lui être d’un grand secours dans ce domaine. Il n’y connaît pas grand chose en poésie. 


Samar s’en contrefiche. Il voudrait juste qu’il jette un oeil. Il n’est pas obligé de donner un avis non plus. C’est sans façon: parce que ça lui fait plaisir, c’est tout.


Mezzig finit par céder. Puisque Samar y tient, pour la prochaine fois, il n’aura qu’à lui en mettre une poignée de côté. Des vers en primeur, ça ne se refuse pas.




Découvrez Léo Ferré!


vendredi 14 novembre 2008

Plein rendement

D’abord le pied. La jambe ensuite. Ah! oui, il allait oublier, le bras. Mais quel bras? Le gauche d’abord? L’autre? Le premier qui lui tombe sous la main sera le bon.


Après ça, respirer. Si possible avec naturel. Détendu. L'air de rien.


Il en a de bonnes le Tai Chi Chieur! Evidemment qu’il sait comment ça fonctionne: des années qu’il fait confiance à ses bronches pour ventiler! C’est pas maintenant qu’on va lui faire un dessin.


Etape suivante: l’enracinement.


Prendre la terre à témoin. S’ancrer profond. Solide mais sans forcer. A la fois ferme et léger. Et puis quoi encore: aérien pendant qu’on y est! Qu’est-ce qu’on ne va pas inventer pour se rendre intéressant! 


On continue.


Mezzig tangue. Souffle comme un boeuf. Se disloque à vue d’oeil. Transpire à gros bouillon.


Madame se montre magnanime. Peut-être qu’une pause, un entracte, une mi-temps, les trois dans la foulée, voire, ça ne serait pas du luxe. Enfin, ce qu’elle en dit: c’est pour lui. Sa santé avant tout.





Découvrez Philippe Saunier!

lundi 10 novembre 2008

Grise mine

Quelquefois, à Trous sur Gloire, le soir dure toute la journée. Un peu comme si le jour à peine levé en avait déjà sa claque. Qu’il était pressé de passer son tour. D’écourter le service et de laisser sa place au suivant.


Lequel ne se montre d’ailleurs pas forcément mieux disposé. S’arrange pour se faire porter pâle. Brille par son absence.


Et ainsi de suite jusqu’à ce que l’envie saisisse n’importe qui de déposer le bilan et de mettre la clé sous la porte. 


On en rigole mais c'est pour dire si vivre est loin d'être un métier facile! se résume Mezzig.





Découvrez Van Morrison!

samedi 8 novembre 2008

Porte-voix

Sur l’aire de jeux défraîchie, à l’abri d’un semblant de cabane, des gamins s’encouragent en cercle autour d'une malheureuse console:


Eh! Vazy! Déponcemoile cte filsdeprut! Yva pmorfler c’t’enculpé! On-va-lui-preversaprace! Ouais-comme-ça! Mets-zyen plein sa pronche à l’aut-pnaze! Céça tu-l’as-pbouffé! Amontour del'pnicker.


Mezzig se demande si c’est à cause du vent, de sa capuche qui lui couvre le chef ou s’il ne deviendrait pas un peu dur de la feuille, toujours est-il qu’il serait grand temps qu’il consulte avant d'y perde complètement son latin!





Découvrez Disiz la Peste!

mardi 4 novembre 2008

Chakra des champs

Si jamais certains d'entre vous se sentaient toucher au but, c'est peut-être seulement qu'ils viennent de se mettre en chemin.

Clampin n'en a pas dit davantage. Ensuite, le cours a commencé.




Découvrez Various!

lundi 3 novembre 2008

Espèce d'acculé

C’est récurrent: quand on se tue à la tâche, on rêve debout d’avoir du temps pour faire ce dont on a envie. S’occuper de soi. Se faire plaisir. Terminer ce qu’on a en retard.


Au final, quand arrive le moment tant attendu, on se baguenaude. On muse. On lanterne. Et rien n’est fait. On est pris de court.


Compatissant, Mezzig souligne que Madame n’a pas idée de la chance qu’elle a de pouvoir choisir. 


Parce que pour un gars comme lui, entre souffrir le martyr et glandouiller, il n’y a pas beaucoup d’autre issue possible. 


Madame manque de s’étouffer qu’il y en a un au moins qui ne manque pas d'air! 




Découvrez Yello!


dimanche 2 novembre 2008

Poil terne

Est-ce que, par hasard, ça va encore durer longtemps sa comédie? Ça n’est tout de même pas sa faute s’il fait un temps à ne pas mettre un catafalque dehors!


Il pourrait au moins faire un effort pour donner l’exemple quand on lui propose de se bouger la carcasse. Au lieu de quoi, Monsieur se réfugie à l’étage l’air ronchon et refuse de quitter la chambre à la moindre sollicitation.


Certes, la période est plutôt morose mais Li Pouiye n’est pas obligé de faire le mort à tout bout de champ. Si tout le monde se met à faire son Mezzig à la maison, où est-ce qu’on va? On se le demande.





Découvrez Stevie Ray Vaughan!

mercredi 29 octobre 2008

Ton sur ton

A La Glotte, on ne fait pas dans la dentelle: si c’est un noir qui gagne les élections, ils vont se retrouver marron!


Parce qu’il y en a peut-être encore ici qui s’imaginent que d’avoir le petit pour président, c’est ce qui nous grandit! contrecarre Mezzig.


Au contraire, pour une fois que quelqu’un annonce la couleur, ce serait plutôt mal venu de se lancer dans une querelle des States d’esthètes! 




Découvrez Bruce Springsteen!


lundi 27 octobre 2008

Grand minimum

Les gens, les vrais, leurs petits bonheurs, leurs gros tracas. La vie qui va, qui ne va pas. Les hauts, les bas. L’état du monde, c’est le moindre de ses soucis pour l'instant.


Kraine se fait de la bile. Kraine perd la boule et les pédales. Kraine se bouffe les ongles. Se ronge les sangs. Se cogne contre les murs. Kraine en bave.


Il a essayé de la joindre à plusieurs reprises sur son portable mais il tombe sans arrêt sur le répondeur. Il a laissé plusieurs messages lui demandant de le rappeler. Peine perdue. Diane est injoignable.


Mezzig qui s’était invité pour le café ne sait pas quoi faire pour lui remonter le moral. Surtout que les femmes et lui, ça fait deux. Et encore, il fait preuve de retenue!




Découvrez John Lee Hooker!

dimanche 26 octobre 2008

Chou farci

Celui-là, Mezzig l’a entendu venir de loin sur la 2Cylindres. Moteur à fond. La japonaise hurlant comme un goret aux portes de l’abattoir. Cabré sur la roue arrière. Freinage de branque. Un profil d’obus.


Mezzig n’est pas bêcheur mais un tel amas de lobotomie sous un casque, ça laisse salement à réfléchir! 



Découvrez Early Day Miners!

samedi 25 octobre 2008

Accord raté

En faisant les courses, Mezzig est tombé sur un support pour guitare pliable à pas cher qu’il s’est empressé d’acheter.

En rentrant, tout fier, il a montré son acquisition à Madame qui lui a rappelé qu’il n’avait jamais voulu apprendre la musique et qu’il n’y avait pas ce genre d’instrument à la maison, ce qu’elle trouvait dommage.

Mezzig s’est aussitôt emporté que si elle le prenait pour un manche, elle n’avait qu’à le dire. Un jour, qu’elle se méfie, il pourrait bien lui faire payer la note!



Découvrez Neil Young!


mardi 21 octobre 2008

Mâle donne

Le grand-père n’était pas né bavard. Ou alors quelque chose ou quelqu’un lui avait appris à se méfier des mots et, par la suite, il était resté méfiant. Son fils non plus n’était pas causant. Gueulard, ça oui. Mais pas le genre à se raconter. 


Clotilde se doutait bien qu’entre
son père et le papi les rapports n’avaient pas été simples. Ce qu’elle avait du mal à mesurer, c’était combien leur histoire comportait de tiroirs où fouiller.


Grand-père ne faisait pas mystère de ses origines, de ses parents restés au pays et qu’il n’avait jamais revus, de ses soeurs dont il était resté sans nouvelles, de son arrivée ici, du travail, de la guerre, du regard malveillant des gens, des railleries sur son accent, de la solitude, des misères, et du reste qu’il préférait taire.


Elle s’en souvient comme si c’était hier. Jusqu’à la fin, le vieux rassemblait ses souvenirs qu’une énième fois il briquait rien que pour elle au soleil de la sénescence, ce qui avait le don d’énerver l’entourage. Le papa de Clotilde en premier.




Découvrez Rod Stewart

lundi 20 octobre 2008

Peau de lapin

Geneviève de St Edmond n’a pas de conseil à lui donner, il est assez grand pour se débrouiller tout seul, mais elle ne lui trouve pas l’air folichon, des yeux de cocker en veuvage, la peau en berne et des débuts de rondeur à surveiller.


A son humble avis, St Edmond devrait faire comme elle. Sortir davantage. Fréquenter des gens intéressants avec qui s’éclater.  


Il pourrait aussi faire de la marche, ressortir sa vieille bicyclette, se mettre au jogging, est-ce qu’elle sait, prendre un abonnement dans un club de remise en forme, aller à la piscine, changer son alimentation, prendre rendez-vous chez l’esthéticienne, se faire masser, quand on peut se permettre, ce n’est pas le choix qui manque.


De St Edmond ne dit pas le contraire, si quelqu’un d’autre pouvait le prendre en main, il serait le premier à s’en réjouir. C’est encore ce qu’il y a de mieux pour se mettre en branle!





Découvrez Jefferson Airplane.

dimanche 19 octobre 2008

Les bons comptes

Comment se fait-il qu’il ne soit pas cité plus souvent dans son Glob? Ça fait des semaines que son nom n’est pas apparu, comme si Mezzig faisait tout pour éviter de le mentionner. Est-ce que par hasard il aurait quelque chose à lui reprocher? Samar aimerait savoir.


Parce que si c’est ça, autant lui dire en face et percer l’abcès pendant qu’il est mûr. Que les choses soient claires et qu’on n’en parle plus.


Mezzig avoue péteusement que ça ne lui a pas échappé mais qu’il ne peut pas être partout à la fois. Qu’il a déjà du mal avec son propre souk intérieur et qu’il fait de son mieux pour que tout le monde soit servi.


Mais qu’il ne s’inquiète pas, Samar aura droit a son billet un de ces quatre. Inutile qu’il s’endette pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Comme ça, l'affaire est soldée.



Découvrez Jimmy Reed

mercredi 15 octobre 2008

Ergo sum

En supposant qu’il sorte tout de suite, ce serait l’idéal. L’après-midi est à peine entamé: ça lui laisserait toute latitude pour faire ce qu’il a faire. En même temps, comme il n’a rien prévu de particulier, qu’est-ce qui l’empêche d’y aller après?


Pas grand chose à dire vrai, si ce n’est qu’il n’a pas très envie. Ni là, ni plus tard. Franchement, ça ne l’emballe ce qui s’appelle pas du tout.


Une autre fois, alors. Sauf incident particulier. Dans ce cas, le plus tôt serait le mieux. C’est à dire maintenant. A condition toutefois...


Que voulez-vous, il est comme ça, Mezzig: capable de rester cloîtré à se poser des questions existentielles indémêlables. Assez pour cogiter à l'infini!


Tout bien réfléchi,  c'est loin d'être le seul à qui ce genre de chose arrive. Vous en connaissez sûrement d'autres comme lui. Vous-même, peut-être... Mais n'entrons pas dans les détails.


lundi 13 octobre 2008

Tel est pris

Il avait prévenu: le premier qui vient traîner ses guêtres, sa bedaine et ses tenues de camouflage sur son terrain, aura droit à une réception dans les normes.


Evidemment, ça n’a pas raté: hier, Géronyme Clampin en a levé une belle brochette, le doigt sur la gâchette et la mine assassine, en embuscade au fond du jardin. 

  

Ni une ni deux, hirsute et furibard, Clampin s’est rué hors de sa tanière leur donner la chasse aussi nu et bramant qu’un incube en chaleur.


Pris de court, les as du fusil ont aussitôt pris la poudre d’escampette: au mieux, ça leur mettra peut-être un peu de plomb dans la cervelle.




vendredi 10 octobre 2008

Cercle mélodique

Ça n'arrive pas souvent: ce soir Clotilde n'a pas le goût à grand chose. Elle s'est forcée à manger vite fait. Pas vraiment faim. Envie de rien. Hormis se fourrer au lit.


Allongée dans la pénombre, elle se repasse en boucle la même chanson


Découvrez David Gray!



qu'elle écoute les yeux fermés comme un air qui fait du bien et la chavire à moitié.